top of page
Rechercher
  • Photo du rédacteurAlain SUPPINI

JE TE PARDONNE, JE ME PARDONNE

LE PARDON NOUS REND-IL PLUS HEUREUX ?

Tout le monde aura dans sa vie été blessé, trompé, ou trahi par des personnes qui nous sont plus ou moins proches. La réponse à ces blessures parfois douloureuses se fait le plus souvent de 2 manières: soit on réagit avec colère, voire haine, et le ressentiment ou même le désir de vengeance peut perdurer toute une vie, soit au contraire on peut décider de renoncer à cette hostilité et faire un pas vers la personne, pour au final le pardonner.

Mais pardonner ne signifie pas oublier, car si l'on devait oublier ce qui a blessé, alors il n'y aurait plus rien à pardonner. Le pardon n'efface pas le passé, mais le considère avec compassion.

"Le pardon ne change pas le passé, mais il élargit l'avenir."

Colère et ressentiment


La colère et le ressentiment nous emprisonnent dans le passé, en nous faisant revivre des émotions douloureuses à propos de situations qui, au final, nous déresponsabilisent: il est toujours plus facile d'être en colère contre quelqu'un, que de décider d'emprunter le chemin du pardon qui ne manquera pas de triturer notre amour-propre.

Les gens veulent une vie heureuse, mais refusent d'abandonner les émotions toxiques, car pardonner à l'agresseur correspondrait pour eux à effacer le passé. Erreur!

"Lorsque vous êtes blessé, en particulier par des personnes importantes de votre vie, votre autonomisation est mise à l'épreuve et votre mérite est remis en question. La vulnérabilité que votre perte d'autonomie crée en vous, permet à la blessure de nuire à votre dignité" écrit le Dr Martinez dans son livre "The mindbody code".

L'ego se nourrit des émotions douloureuses, l'amertume, la colère, la peur, le ressentiment, pour nous convaincre que nous avons été lésés, entretenant ainsi ces mêmes émotions dans un véritable cercle infernal.

J'ai moi-même grandi dans une relation toxique avec mon père et j'ai longtemps ressenti de la culpabilité envers moi-même, à la fois envers ma mauvaise gestion émotionnelle, mais aussi vis-à-vis de mon absence de réaction face à cette relation.

Un profond changement s'est opéré lorsque j'ai décidé que ma vie présente valait le coup d'être vécue, et que pour cela, il fallait que je brise toutes les barrières limitantes, en commençant par celles que j'avais érigées moi-même.

Cette relation viciée avec mon père allait-elle finalement m'apprendre à m'aimer? Mais pour répondre à cette question, un changement total de ma perception déformante de la vérité était un premier pas incontournable.

Commencez par vous pardonner d'abord !

"Plus tu te connais, plus tu te pardonnes" (Confucius)

Dans une étude menée par une équipe de psychologues de l'université de Baylor [1], deux expériences ont été menées:


- dans la première, 269 volontaires ont dû se remémorer des infractions commises durant leur vie, allant de simples entorses au règlement, à des trahisons amoureuses, voire des violences physiques. Ils ont ensuite été interrogés sur leur capacité à se pardonner, les limites à ce pardon, et les efforts consentis pour y parvenir. Ils ont ensuite dû évaluer à quel point la victime leur avait elle-même pardonné. Lorsque c'était le cas, ils ont dû déterminer si le pardon leur semblait moralement acceptable ou non.

Pour résumer l'expérience, plus les participants ont reconnu leurs torts, plus ils considèrent leur pardon comme légitime. "Se pardonner soi-même commence par savoir faire amende honorable… mais obtenir le pardon de l'autre contribue aussi à se laisser aller." expliquent les psychologues de Baylor. "Par contre, dans cette première expérience, les résultats varient selon l'importance du préjudice commis".

- dans la seconde expérience, 208 personnes ont été interrogées sur une fausse infraction, mais commune à tous les participants: il s'agissait de leur faire imaginer leur responsabilité dans le licenciement d'un proche.

Les conclusions de l'expérience ont été identiques à la première: plus le groupe était critique envers lui-même, plus les participants pensaient mériter le pardon de la victime, et ce d'autant plus que les raisons du licenciement étaient considérées comme légitimes. Par contre, se voir pardonnés par la victime ne modifiait absolument pas le jugement des participants: l'effet groupe apparaît donc comme l'élément majeur dans le ressenti et la capacité des personnes à s'auto-pardonner.

Enfin, ces deux expériences montraient que plus la culpabilité ressentie était forte et de longue durée, moins les personnes étaient susceptibles de parvenir à se pardonner.


Et le cerveau là-dedans ?

Mais au fait, tout ceci reste-t-il du domaine de la psychologie pure, ou bien est-il sous-tendu par des bases physiologiques observables. C'est ce qu'a voulu montrer une équipe de chercheurs de Pise dans un article intitulé "Comment le cerveau guérit les blessures émotionnelles: la neuroanatomie fonctionnelle du pardon" [2].

Dans cette étude, l'équipe a recherché une corrélation entre pardon et activation de certaines zones cérébrales, grâce à l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), dans des scénarios sociaux différents. Des volontaires sains ont été amenés à imaginer des événements émotionnellement blessants, après quoi ils devaient soit pardonner, soit au contraire garder rancune à l'autre.

Les sujets devaient tout d’abord se représenter mentalement la scène suivante: "Imaginez-vous en réunion avec votre patron et vos collègues. Soudain, il critique votre travail et remet en cause vos capacités devant tout le monde. Il vous signifie votre licenciement et vous explique que vous devez quitter l’entreprise dès le lendemain matin".

Une partie des participants devait ensuite imaginer qu'ils pardonnaient au patron, en suggérant que celui-ci n'avait pas tout à fait tort, étant donné qu'ils n'avaient jamais vraiment bien travaillé. L'autre moitié devait à l’inverse imaginer qu'ils ne lui pardonneraient jamais, et devait en outre trouver le meilleur moyen de se venger. Les sujets ont également évalué leurs compétences imaginatives, leurs niveaux de colère, de frustration ou de soulagement, dans chacune de ces situations.

Au final, dans le groupe amené à pardonner, leurs états émotionnels étaient toujours positifs, alors qu'ils restaient négatifs dans le groupe du ressentiment et de la rancune.

En outre, leur cerveau présentait une activité bien particulière: l'IRMf a mis en évidence l’activation d’un réseau composé de trois aires cérébrales impliquées dans la compréhension des états mentaux d’autrui, dans les mécanismes d’empathie et dans ce que l'on nomme "la régulation cognitive des affects", c'est à dire lorsque l'on remet en perspective une situation et que l'on réévalue ensuite nos propres émotions.

Se mettre en situation de pardonner signifie par conséquent deux choses: réguler ses émotions négatives (ressentiment, rancune, colère, agressivité) et être capable, même brièvement, de se mettre à la place de l'autre.

Au total, nous avons vu combien la colère et le ressentiment pouvaient miner notre vie entière. À l'inverse, pardonner peut guérir les blessures et la douleur, mais commence obligatoirement par s’accepter tel que l'on est, se laver de toute culpabilité, pour essayer de se pardonner soi-même. Et tout cela n'a pas forcément à voir avec une croyance ou un quelconque fait religieux, mais passe bel et bien par des zones de notre cerveau très spécifiques, que nous pouvons décider d'activer ou non!

Comment se comporter la prochaine fois qu'on vous aura blessé ?

Eh bien, rappelez-vous que vous avez en vous le pouvoir de résister au ressentiment, à la rancune, à la colère et à la tentation de vengeance, en activant ce fameux "réseau du pardon":

- essayez d'emblée d'imaginer les conséquences potentielles d'une réaction trop vive: rendre coup pour coup, selon la loi du talion, peut sembler être la seule solution pour vous soulager. Rien n'est moins certain sur le long terme, d'autant plus si vous commettez un acte susceptible d'engager votre vie et celle de vos proches.

- envisagez la situation sous d'autres angles, mettez-la en perspective en adoptant quand cela est possible celle de l'agresseur. Cela devrait vous aider, non pas à excuser, ce qui signifierait justifier ou nier l'acte dont vous avez été victime, du moins à pardonner, c'est à dire ne pas tenir rigueur. "Le pardon ne guérit pas les blessures, mais il atténue les cicatrices" (Mireille Bertrand Lhérisson)

- mais d'abord et avant tout, délivrez-vous de la culpabilité que vous pouvez avoir, mettez aussi votre vie et vos réactions en perspective, et acceptez de vous pardonner vous-même! "Plus tu te connais, plus tu te pardonnes" (Confucius).

- Choisissez enfin des émotions positives, elles sont les seules à pouvoir vous rendre résilient et vous épanouir de nouveau [3].

"Le pardon, quel repos!" (Victor Hugo)


Alain SUPPINI

94 vues4 commentaires

Posts récents

Voir tout
bottom of page