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  • Photo du rédacteurAlain SUPPINI

LA MALADIE PSYCHOSOMATIQUE: UNE VRAIE MALADIE?

QUAND LA DOULEUR PSYCHIQUE DEVIENT DOULEUR PHYSIQUE.

On parle de trouble psychosomatique lorsqu'une condition psychologique entraîne des symptômes physiques, le plus souvent sans explication médicale évidente. Il peut affecter quasiment toutes les parties du corps. C'est la répétition de ce trouble qui fera dès lors parler de maladie psychosomatique.

L'impact de ce type de maladie est loin d’être négligeable, car les personnes qui en sont atteintes vont avoir tendance à consulter fréquemment un médecin, avec une frustration croissante devant l'absence de réel diagnostic.

Les personnes atteintes de maladie psychosomatique vont à terme développer des pensées, des sentiments ou des inquiétudes excessifs portant sur les symptômes, ce qui va rapidement et profondément affecter leur capacité à bien fonctionner, créant ainsi un véritable cercle vicieux.

Une particularité de ce type de personnes est qu'elles ne signalent généralement pas de symptômes manifestes de détresse psychologique. Au contraire, elles vont avoir tendance à imaginer de véritables causes somatiques à leurs symptômes. L'inquiétude croissante, confinant à une véritable hypocondrie, va les amener à consulter de plus en plus de prestataires de soins de santé dans le but d'obtenir des examens, voire des traitements sans diagnostic véritable.


Quelle est la fréquence des troubles psychosomatiques?

Le trouble des symptômes somatiques est courant et touche environ 5 à 7% de la population générale [1].

Les femmes ont des douleurs somatiques environ 10 fois plus fréquentes que les hommes.

Qui peut présenter des troubles psychosomatiques?


N'importe qui peut avoir des symptômes somatiques à tout âge.

Cependant, les études ont montré que certaines conditions peuvent rendre les gens plus susceptibles au développement de telles maladies. C'est notamment le cas:

- d'un mode de vie chaotique

- de difficultés à reconnaître et surtout exprimer ses émotions

- d'une enfance négligée

- des antécédents d'abus sexuels

- d'une ou plusieurs toxicomanies, alcool et/ou drogues

- d'une période de chômage

- mais également de troubles de la personnalité et d'états dépressifs.

Comment les troubles psychosomatiques peuvent-ils se manifester?

Les troubles psychosomatiques peuvent affecter presque toutes les parties du corps. Les exemples les plus courants incluent:

- la fatigue

- l'insomnie

- les dermatoses, comme certains types d'eczéma ou de psoriasis

- les douleurs musculo-squelettiques, en particulier les dorsalgies et lombalgies

- l'hypertension artérielle, les palpitations

- l’essoufflement ou même certaines crises d'asthme

- les troubles gastro-intestinaux, tels que les difficultés à digérer, les ballonnements, voire certaines douleurs du type colite, ou même d'ulcère d'estomac

- les céphalées, en particuliers certains types de migraines

- les troubles de l'érection ou de l’éjaculation

Existe-t-il des causes particulières aux troubles psychosomatiques?


Les recherches menées dans le domaine de la psychosomatique ont montré que, dans toutes ces situations, il existe une composante psychologique importante, qui consiste en des souffrances, des tensions prolongées dans le temps, un conflit interne qui ne trouve pas de moyens d'expression émotionnelle ou par la pensée, et qui donc n'a plus d'autre choix que de "parler" à travers le corps.

Cela explique aussi pourquoi les personnes qui souffrent d'un trouble psychosomatique ne sont pas conscientes d'éprouver ces états de souffrance interne, émotionnelle ou psychologique. Plus encore, à cause du mal-être confusément ressenti qu'elles engendrent, ces émotions ou ces pensées vont systématiquement être refoulées et interdites d'émerger à un niveau de conscience qui permettraient de les reconnaître et de les prendre en charge. Souvent, ceux qui souffrent d'un trouble psychosomatique ne perçoivent pas leur inconfort comme psychologique ou émotionnel, ou essaient de le gérer simplement en n'y pensant pas, en s'occupant de mille choses à faire ou en le minimisant. La tentative est de "ne pas donner d'importance", presque dans l'espoir que le problème se résoudra de lui-même. Dès lors, la seule façon d'exprimer et de dévoiler cette souffrance psychologique est de "faire parler le corps", en le rendant malade.

Même s'il existe des divergences portant sur la signification des troubles psychosomatiques, la communauté scientifique internationale est unanime pour reconnaître qu'à l'origine de ces troubles, il existe invariablement une incapacité à percevoir, contenir et exprimer des états internes de souffrance émotionnelle ou psychologique.

Comment faire le diagnostic d'une maladie psychosomatique?

Ce n'est pas chose simple. On peut évidemment le suspecter devant certains éléments tels qu'un nomadisme médical ancien, un abus de médications variées souvent jugées inefficaces par la personne elle-même, le tout associé à des examens cliniques et paracliniques strictement normaux.

Cependant l'erreur est toujours possible, raison pour laquelle dès 1995 ont été déterminés les fameux "critères diagnostiques pour la recherche psychosomatique" (DCPR) [2].

Il s’agit de 12 critères permettant au thérapeute d'approcher avec plus de certitude l'aspect psychosomatique de certaines maladies. Ces 12 syndromes sont respectivement:

- la phobie de la maladie,

- la thanatophobie, c'est à dire une peur démesurée et irraisonnée de la mort,

- une anxiété liée à la santé,

- une déni de la maladie,

- une somatisation persistante,

- des symptômes somatiques fonctionnels secondaires à un trouble psychiatrique identifié,

- des symptômes de conversion, c'est à dire des déficits neurologiques (paresthésies, paralysies, cécité, etc.), sans que le système nerveux central ou périphérique n'ait subi de dommages organiques

- une réaction d'anniversaire [3], c'est à dire le déclenchement d'une maladie ou d'une psychose lié à un événement traumatisant de l'histoire personnelle ou familiale,

- une humeur irritable,

- des comportements de type paranoïaque, schizoïde ou schizotypique,

- une démoralisation systématique

- enfin une alexithymie, c'est à dire une difficulté à identifier et à décrire ses sentiments et ceux des autres.

Parmi ces 12 syndromes, la démoralisation [4] constitue à elle seule l'une des conditions les plus fréquemment rencontrées dans les maladies psychosomatiques.

On parle de démoralisation devant les trois critères suivants :

- un état d’esprit caractérisé par la conscience du patient d’avoir échoué à atteindre ses propres buts (ou ceux d’autrui), ou encore le sentiment d’incapacité à pouvoir faire face à des problèmes urgents , ce qui conduit le patient à se sentir impuissant, désespéré et abandonné,

- cet état d’esprit doit être généralisé et surtout prolongé sur une durée d’au moins un mois,

- enfin, cet état d’esprit précède de peu les manifestations d’un trouble médical organique ou l’exacerbation des symptômes de ce trouble.


Comment guérir d'une maladie psychosomatique ?

Les troubles psychosomatiques doivent être traités à deux niveaux: une prise en charge des symptômes physiques avec un traitement ciblé sur les symptômes de la maladie initiale, et une prise en charge psychologique, voire psychiatrique dans les cas les plus invalidants. Pour les psychiatres de manière générale, il est clair que si la maladie psychosomatique ne peut être totalement guérie, l'objectif est en revanche d'atteindre une rémission de celle-ci, c'est-à-dire qu'elle reste silencieuse et invisible.

Au plan organique, un traitement médical adapté (anti-inflammatoires, antiallergiques, régulateurs de transit…) permettra de soulager des symptômes, ou au moins d'en atténuer les crises. Une prescription raisonnée et contrôlée d'anxiolytiques et/ou antidépresseurs pourra également être nécessaire dans certaines situations.

Au plan psychologique, les buts vont consister à réduire les périodes de stress et d'anxiété par une meilleure hygiène de vie (alimentation équilibrée, sommeil de qualité, activité physique…). Certaines techniques de gestion du stress peuvent être efficaces, telles que la relaxation, le yoga, ou encore l'hypnose.


Parmi ces alternatives, la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) semble particulièrement efficace: en effet, cette science ancestrale considère que ce sont les émotions mal gérées qui sont à l’origine de l’apparition de la quasi totalité des pathologies internes. Elle parle d'ailleurs de "vent destructeur des émotions".

Dans la théorie des cinq éléments de la MTC, les cinq familles d’émotion entrent en permanence en résonance avec les cinq organes-cibles:

- la Colère et le Foie,

- la Tristesse et les Poumons

- la Peur et les Reins

- la Réminiscence et la Rate

- enfin la Joie et le Cœur

Une émotion est une énergie pure, sans consistance physique, sans odeur ni couleur. Mais elle "nourrit" l’organe auquel elle appartient.

Pour guérir d'un trouble psychosomatique, il n’est pas question d'abandonner toute émotion, sans quoi nous perdrions toute humanité. Mais si une émotion particulière vient à prendre le devant de la scène en permanence, ou si elle devient trop brutale, elle se retourne contre son organe-cible et devient alors destructrice pour l’organisme.

L'idée générale consiste donc plutôt en un rééquilibrage de chacune des grandes émotions.

C'est sur ces bases que Jean Pelissier, formateur en MTC, a écrit une "charte"[5] qui résume les 10 points l'apprentissage de la gestion des émotions.


"Non ci si libera di una cosa evitandola, ma soltanto attraversandola."

Cesare Pavese



La charte en Dix points pour apprendre à gérer nos émotions
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Alain SUPPINI

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