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  • Photo du rédacteurAlain SUPPINI

LE MENTEUR: S'EN PROTÉGER OU VIVRE AVEC?

DU DIAGNOSTIC AU TRAITEMENT

La plupart des gens mentent de manière occasionnelle, cela va de petits mensonges aux omissions délibérées, ce qui est tout à fait "naturel".

Mais mentir peut devenir un problème, voire un danger, lorsque la malhonnêteté menace les relations, qu'elle est fréquente ou sans raison claire.

Le menteur "compulsif" est celui qui ment par habitude, déformant la vérité sur tout, grand ou petit.

Le menteur "pathologique" relève quant à lui de troubles mentaux, sa malhonnêteté est orientée vers un but, celui de faire mal ou d'obtenir des avantages.


LES TYPES DE MENTEURS


1 - Le menteur naturel


Ici le mensonge est officieux, tacite, presque culturel: il vise à se protéger, ou au contraire à protéger l'autre, lui rendre service, ne pas lui faire de mal, ne pas le choquer.

Le plus évident des mensonges est, par exemple, celui destiné à faciliter le quotidien: "comment allez-vous? bien, merci!". Il relève de la politesse, et ce mensonge des conventions sociales a simplement pour effet de créer du lien.

Pour ne pas faire du mal ou choquer, il s'agit par exemple de remercier un hôte pour l'agréable soirée que l'on vient de passer, alors qu'en réalité, on s'est véritablement ennuyé. Ou bien encore de féliciter une amie pour sa nouvelle coiffure que nous n'aimons décidément pas.

Le mensonge naturel n'est d'ailleurs pas l'apanage exclusif de l'être humain: dans son livre "Mémoire de singe et parole d'homme", le neuropsychiatre Boris Cyrulnik raconte que la femelle chimpanzé, moins rapide que les mâles, peut diriger son groupe vers un régime de bananes imaginaire en faisant mine de s'y rendre, pour ensuite aller vers le véritable régime dont elle pourra manger les fruits en toute quiétude.


Donc, la plupart des gens mentent sans que les conséquences soient notables, et les raisons sont nombreuses:

- éviter d'offenser quelqu'un qu'ils aiment

- se protéger d'une menace perçue

- par sentiment de honte ou de culpabilité

- pour éviter les tensions ou les conflits

- pour paraître meilleur

- pour éviter une punition

- pour se justifier

- ou par simple impulsion

2 - Le menteur compulsif

Le menteur compulsif déforme la vérité en permanence, sur tout. La frontière entre lui et le menteur pathologique est très mince, beaucoup de spécialistes pensent même que le mensonge compulsif relève de la définition plus large du mensonge pathologique, plutôt que d'être un phénomène distinct.

Quoiqu'il en soit, pour le menteur compulsif, dire la vérité s'avère gênant et inconfortable, alors que mentir semble juste.

Le plus souvent, ce type de malhonnêteté se développe dans la petite enfance, lorsqu’il se trouve dans un environnement où le mensonge est nécessaire et devient une routine. Afin d'éviter la confrontation avec la vérité, il lui apparaît plus facile de la fuir.

Comme nous le disions, certains d'entre eux peuvent souffrir de véritables troubles, du type trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (Attention Deficit Hyperactivity Disorder [1]), d'un trouble de la personnalité limite (Borderline Personality Disorder [2]), voire d'un trouble bipolaire (Bipolar Disorder [3]).

Ils ne sont pas dans la manipulation, ils mentent par simple habitude, de manière automatique. Malgré tout, le retentissement sur leurs relations aux autres est très perturbé.


Dépister un menteur compulsif est souvent assez facile:

- ses histoires ne correspondent pas les unes avec les autres

- il évite le contact visuel, est mal à l'aise et bute sur les mots dans sa fuite idéatoire

- ils connait la différence entre vérité et mensonge, et lorsqu'on le confond, ils admet volontiers avoir menti, même si cela ne l'empêche pas de recommencer.

3 - Le menteur pathologique

Comme pour le menteur compulsif, le mécanisme de la malhonnêteté prend ses bases dans la petite enfance, mais il est ici souvent associé à une autre trouble de santé mentale.

Très souvent, on retrouve un ou des événements traumatisants durant cette enfance, mais parfois le trouble est purement génétique.

Les pathologies mentales souvent associées à ce type de mensonge sont le trouble de la personnalité antisociale (Antisocial Personality Disorder

[4]) et le trouble de la personnalité narcissique (Narcissistic Personality Disorder [5]).

Quoiqu'il en soit, le menteur pathologique a toujours un but, soit celui de faire du mal, soit d'en tirer avantage: le mensonge n'est jamais un acte gratuit.

Il a très peu de considération pour les sentiments des autres, ni de respect de leurs droits.

Il est souvent manipulateur et rusé, créant des histoires qu'il va maintenir dans le temps, pour finir par les croire lui-même, tout absurde qu'elles soient.


Au final, contrairement au compulsif, le menteur pathologique est extrêmement difficile à prendre en défaut:

- il est très difficile de faire la part du vrai et du faux dans ses déclarations

- il est très confiant lorsqu’il ment, fixant le regard de l'autre plutôt que de s'en détourner

- il n'a aucune valeur pour la vérité, agissant toujours sur la défensive et n'admettant jamais sa malhonnêteté.

RECONNAÎTRE LE MENTEUR

Si l'on fait un micro-trottoir, beaucoup de personnes vous affirmeront qu'elles savent repérer quelqu'un entrain de mentir, grâce à certaines intonations de voix, ou certains signaux corporels. Mais est-il aussi facile que cela de démasquer un menteur? Eh bien, la réponse est non!


C'est ce qu'a montré une équipe de chercheurs de Californie [6] en rassemblant 116 études évaluant les stéréotypes corporels accompagnant le mensonge.

Les résultats montraient que les menteurs ne bougent pas nerveusement sur leur chaise et n'évitent pas plus que les autres le contact visuel.

La plupart des personnes interrogées avaient beaucoup de mal à distinguer le vrai du faux dans le discours de l'autre.


Une autre étude plus récente [7] est venue confirmer ces résultats. Les psychologues ont analysé pas moins de 206 études dans lesquelles les participants devaient déterminer si une personne mentait ou non.

Au total, seulement 54% ont répondu correctement: cela signifie qu'en moyenne, on a 1 chance sur 2 de se tromper face à un menteur!

L'étude apportait aussi quelques détails intéressants:

- certes, nous sommes de mauvais détecteurs de mensonge

- cependant, nous identifions mieux un menteur en l'écoutant qu'en l'observant

- nous détectons mieux le mensonge en bombardant le menteur de questions

- enfin, plus nous manquons nous-mêmes d'assurance ou de confiance en nous, plus nous sommes performants dans la détection du menteur.

COMMENT SE PROTÉGER DU MENTEUR?


On ne parle ici que du menteur compulsif et du menteur pathologique, bien sûr.

Concernant le menteur compulsif, il faut avant tout parvenir à le gérer au quotidien, puis à le confondre, pour au final l'amener à consulter un psychologue.


Lorsque l'on a ce type de menteur dans son entourage proche, le maître-mot de sa prise en charge est la patience. Il faut pouvoir rester calme en toutes circonstances, ce qui n'est pas toujours simple.

Il faut se préparer mentalement à ne jamais faire confiance à l'autre et considérer que tout ce qu'il dit n'est pas crédible.

Il faut aussi garder une trace de tout, ce qui vous permettra de le confronter à ses propres malhonnêtetés, qui seront légion, et dont vous aurez sûrement oublié les détails.

Restez aux aguets lorsqu'un mensonge est avoué ou simplement accepté comme tel: le menteur compulsif n'attend que de vous voir baisser votre garde pour recommencer.

N'hésitez pas à l'ignorer lorsque le flot de mensonges devient trop intense et évident: cela peut l'amener à comprendre que vous savez et ce peut être une trêve, brève mais reposante pour vous.

Pour votre propre santé, parlez-en avec des personnes proches ou quelqu'un vivant une situation similaire.

Il faut parallèlement confronter le menteur à sa malhonnêteté.

Le fait remarquable avec le menteur compulsif, c'est le nombre monumental de mensonges dont il est capable: vous allez donc devoir faire un tri, les grader, pour au final vous attaquer aux plus gros.

Lorsque le mensonge est très gros, l'avantage est que vous pouvez l’aborder de manière plus subtile et non de front, de manière à mettre le menteur devant sa propre contradiction en lui laissant une porte de sortie: "as-tu été à ton entraînement de football cet après-midi?" Ce à quoi vous pourrez enchaîner "ton entraîneur s'inquiétait et a appelé." Et de poursuivre "pourquoi m'as tu menti?".

La route est très longue, mais en le confrontant encore et encore, le menteur saura peu à peu que s'il ment, la vie lui sera toujours plus compliquée que s'il dit la vérité. La patience est donc cruciale.

Une excellente technique consiste aussi à ramener le mensonge présent à une malhonnêteté passée: "ah! ce que tu me racontes là est aussi vrai que lorsque nous nous sommes rencontrés et que tu me disais être pilote de ligne". Restez calme, rationnel, logique, vous rendez ainsi la situation difficile à contester et vous amenez progressivement le menteur à admettre la vérité.

Proposez-lui enfin une thérapie, ce qui sera d'autant plus simple si vous en suivez une vous-même: le menteur se rend compte que loin d'être une faiblesse, cette consultation régulière fait de vous quelqu'un de plus fort. Et n'oublions pas que la plupart des menteurs compulsifs mentent depuis l'enfance pour éviter les situations difficiles: une thérapie peut alors lui apparaître comme positif et fortifiant.

Pour ce qui concerne le menteur pathologique, les choses sont beaucoup plus compliquées.

Souvenons-nous que les troubles mentaux sont chez lui souvent très sévères.

Ici il faudra d'abord et avant tout vous protéger vous-même: il est important de se distancier et se tourner vers des personnes de confiance.

Une aide psychologique vous sera le plus souvent indispensable pour gérer les sentiments contradictoires qui vont vous assaillir.

La prudence est de mise face à cette personnalité pathologique, car ses réactions peuvent être violentes. Ce sont des manipulateurs, capables de vous montrer que c'est vous qui mentez, et qui deviennent agressifs lorsqu’ils sont mis face à leurs contradictions.

Les amener à consulter est souvent impossible spontanément, et ce n'est bien souvent qu'à la faveur d'un délit qu'ils seront placés entre les mains d'un psychiatre.

En attendant, fuyez et coupez les ponts avec ce type d'individu!


Alain SUPPINI

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