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  • Photo du rédacteurAlain SUPPINI

LE CERVEAU MULTITÂCHE: UN MYTHE DANGEREUX.

OU COMMENT LE MULTITÂCHE AGRESSE NOTRE CERVEAU.


Les personnes multitâches, capables d'effectuer plusieurs choses à la fois, sont des pépites recherchée par la plupart des recruteurs.

L’un des avantages les plus évidents du multitâche réside dans les gains d’efficacité. Plutôt que d’exécuter les tâches les unes après les autres, la personne les combine et réalise ainsi plusieurs choses pendant que son concurrent n’en effectue qu’une seule.

Le multitâche s’applique particulièrement bien aux corvées routinières telles que le tri de dossiers, les appels téléphoniques usuels, la vérification de courriels ou l’exercice physique. En effet, plusieurs de ces actions peuvent être effectuées simultanément sans que leur qualité ne soit altérée.

En combinant plusieurs besognes, le sujet multitâche est également en mesure de libérer du temps pour d’autres aspects de son quotidien, ses activités sociales, ou,sa vie de famille.

Quel que soit le domaine dans lequel il travaille, le multitâche peut aider à réduire les dépenses: un employeur efficace accomplira les tâches qu’il aurait autrement déléguées à des employés ou à des sous-traitants, réduisant ainsi le nombre d’heures travaillées par ces derniers.

D’autre part, s'il dispose de personnes pouvant effectuer plusieurs tâches à la fois, il diminuera les coûts liés à l’embauche de nouveaux employés et à leur formation.

Enfin, comme les employés polyvalents sont en mesure d’assumer diverses responsabilités, ses besoins en spécialistes pour la réalisation de tâches spécifiques seront également moindres. Leur tendance à procrastiner [1] est moindre, car ils ont toujours quelque chose à faire. Plus polyvalents, ils sont tout désignés pour aider d’autres personnes dans leur travail ou pour prendre davantage de responsabilités en cas de démission ou de congés de maladie imprévus.

Voici un tableau mirifique que ne renierait aucune école d'administration et qui enchanterait n'importe quel DRH. Mais la réalité est tout autre.

En effet, beaucoup de personnes se pensent multitâches, mais c'est loin d'être le cas. Eh oui! notre cerveau n'a pas été construit pour effectuer plusieurs tâches à la fois, mais pour se concentrer sur une seule: le bombarder d'informations ne fait en réalité que le ralentir.


"Notre cerveau n'est pas câblé pour effectuer plusieurs tâches à la fois"


Earl Miller, neuroscientifique au MIT dit que notre cerveau "n'est pas bien câblé pour effectuer plusieurs tâches à la fois… quand les gens pensent qu'ils sont multitâches, ils passent en fait d'une tâche à une autre très rapidement. Et chaque fois qu'ils le font, il y a un coût cognitif." [2]

Ce changement constant de tâches encourage les mauvaises habitudes cérébrales. Lorsque nous accomplissons une petite tâche (envoyer un e-mail, répondre à un SMS, publier un tweet), nous sommes frappés par un flot de dopamine, notre hormone de la récompense. Notre cerveau adore cette dopamine, et nous sommes donc encouragés à continuer à alterner entre de petites mini-tâches qui nous procurent une gratification instantanée. [3]

Cela crée une boucle de rétroaction dangereuse qui nous donne l'impression d'accomplir énormément de choses, alors que nous n’accomplissons aucune vraie tâche nécessitant de la réflexion critique.


"Le multitâche réduit la qualité et l'efficacité de notre travail"


Le multitâche rend plus difficile l'organisation des pensées et le filtrage des informations non pertinentes, et réduit l'efficacité et la qualité de notre travail.

Glenn Wilson, ancien professeur de psychologie au Gresham College de Londres, appelle cela "l'info-manie": ses recherches ont révélé qu'être dans une situation où vous essayez de vous concentrer sur une tâche et qu'un e-mail reste non lu dans votre boîte de réception, peut réduire votre QI effectif de plus de 10 points. [4]. Ces baisses de QI sont comparables à ce que l'on observe chez des personnes qui sautent une nuit de sommeil ou qui fument de la marijuana.

En outre, une étude du McKinsey Global Institute [5] a révélé que les employés passent 28 % de leur semaine de travail à vérifier leurs e-mails. On imagine dès lors facilement les dégâts occasionnés…

L'envoi de SMS est encore pire, exigeant plus d'immédiateté et une vérification plus rigoureuse que le courrier électronique.


"Les niveaux cortisol, hormone du stress, sont augmentés"


Donc, comme nous l'avons vu, le multitâche véritable n'existe pas, il s'agit en fait de micro-tâches enchaînées de manière très rapide, l'ensemble étant dicté par notre hormone de la récompense, la dopamine.

Cependant, ce changement de tâches répété conduit lui-même très vite à l'anxiété, ce qui augmente les niveaux de cortisol [6], l'hormone du stress dans le cerveau, débouchant à son tour sur un comportement impulsif et agressif.

Le fait que notre cerveau change constamment de vitesse augmente le stress et nous fatigue, nous laissant mentalement épuisés, même lorsque la journée de travail vient à peine de commencer.

"Les dommages pourraient être permanents"


De nouvelles recherches suggèrent la possibilité que les dommages cognitifs associés au multitâche puissent être permanents.

Une étude de l'Université du Sussex au Royaume-Uni [7] a effectué des IRM sur le cerveau d'individus qui passaient du temps sur plusieurs appareils à la fois (envoyer des SMS en regardant la télévision, par exemple).

Les IRM ont montré que les sujets qui effectuaient plus souvent plusieurs tâches à la fois avaient moins de densité cérébrale dans la zone responsable de l'empathie et du contrôle émotionnel.

D'autre part, "les voies neuronales et les synapses peuvent changer en fonction de nos comportements, de notre environnement, de nos émotions, et peuvent se produire au niveau cellulaire ou du remappage cortical. C'est ainsi que des fonctions spécifiques d'une région cérébrale endommagée pourraient être remappées sur une région restante intacte."

En clair, les dégâts occasionnés par le multitâche modifient la structure cérébrale de manière durable, peut-être définitive (?)

En fait, la recherche n'est pas suffisamment détaillée pour déterminer si le multitâche est responsable de ces effets, ou si des lésions cérébrales existantes entraînent des habitudes de multitâche. Pourtant, peu importe comment vous le tournez, le multitâche n'est pas bon.

Quelle leçon tirer de tout cela? Le multitâche n'est certainement pas une compétence à ajouter à votre CV, mais plutôt une mauvaise habitude à laquelle mettre fin.

Désactivez les notifications, créez des plages horaires de vérification des e-mails tout au long de la journée, plutôt que de rafraîchir constamment la boîte de réception et concentrez-vous sur la tâche à accomplir.


Alain SUPPINI

431 vues7 commentaires

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7 Comments


fleurbleuelune
fleurbleuelune
Oct 31, 2022

Bonjour Alain. Sujet intéressant et d’autant plus vrai dans le monde du travail où on nous en demande toujours plus. Et ceux qui ont l’habitude de travailler savent comme c’est difficile de tenir le bon rythme. On peut arriver facilement à un burnout, ce qui ne signifie pas dépression, mais vraiment un trop-plein de trop de choses. À ne pas négliger et à ne pas prendre à la légère surtout. Ton article, comme toujours, est passionnant. Bisous 😘

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fleurbleuelune
fleurbleuelune
Oct 31, 2022
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Oui c’est vrai c’est tout à fait ça. Je ne condamne pas l’employeur mais effectivement l’employé lui-même doit pouvoir s’affirmer pour faire ou ne pas faire certaines tâches. Il faut donc penser à soi et à son bien-être, afin de ne pas arriver à une destruction ou à une surcharge de travail. Merci pour ta réponse Alain 🙏🏻 Bisous 😘

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Franca D'Alessandro
Franca D'Alessandro
Oct 31, 2022

Passionnant et à méditer.... Changeons nos habitudes !!! Merci vraiment, ce sujet, encore une fois, nous étonne et nous instruit.

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Alain SUPPINI
Alain SUPPINI
Oct 31, 2022
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Merci Franca 🙏

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fifayou
Oct 31, 2022

Merci pour ce nouveau post !

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Alain SUPPINI
Alain SUPPINI
Oct 31, 2022
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Merci 🙏

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